Chant d'automne


Que j'aime l'Automne, saison empreinte de mélancolie, si brève, si belle, à l'éphémère perfection!
En ce jardin m'y promenant encore, les vers du poète accompagnent mes pas.

Vous prendrez bien une dose de Spleen?


Chant d'Automne

1. Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres;
Adieu vive clarté de nos étés trop courts!
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.




Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frisson, horreur, labeur dur et forcé
Et, comme le soleil dans son enfer polaire
Mon cœur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.






J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.



Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui? - C'était hier l'été; voici l'automne!
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

Charles Baudelaire         
Les fleurs du Mal





Commentaires

  1. un texte plein et empreint de poésie pour un automne éclaboussé des brillantes étoiles glacées amenées par un hiver qui doucement s'impose, les photos subliment cette poésie d'un Beaudelaire inspiré par la nature entrée en sommeil...
    Mention spéciale à ta dernière photo, magnifique

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Christine,
      Merci pour ton commentaire tout en poésie... Ah Mélancolie quand tu nous tiens...
      Bon week-end
      Bénédicte

      Supprimer
  2. Heureusement que ton jardin est beaucoup plus gai que la vision pessimiste qu'avait Charles Beaudelaire de la "mauvaise saison"! Les couleurs des feuillages sont superbes et cette photo de givre sur une fleur est juste magnifique!
    Bonne journée, Véro.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Véro,
      En fait j'avais juste un vers en tête lors de mes promenades au jardin. Lorsque j'ai relu le poème en entier, je me suis tout d'abord dit qu'il était bien trop triste pour que je le poste.
      Toute la semaine j'ai écris et jeté un a un mes brouillons, toute comparaison avec Baudelaire est vaine.
      Finalement ça c'est imposé à moi.
      Bises,
      Bénédictd

      Supprimer
  3. Ces photos sont merveilleuses ! Quelle beauté, quelle douceur poignante en résonance avec le poème plus noir. L'automne attise les feux dont l'hiver éteint les braises. Entre les deux, que d'émotions à cueillir au jardin. Bonne soirée. Bises

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou Florence,
      J'ai découvert Baudelaire j'avais à peine 10 ans et pendant mon adolescence, il a été avec Edgar Allan Poe un de mes compagnons de douleur.
      Le relire adulte c'est se replonger dans ce spleen et la saison s'y prête bien.
      Bon week-end à toi.
      Bises

      Supprimer
  4. je suis un peu fachée envers ces poètes qui ont associé automne et sanglots longs .... même si , en tant que tels, je prise la qualité de leur propos, mais ils donnent de cette saison, une image qu'elle ne mérite et que tes propres photos (ou de celle de G.?) démentent... comment le rouge, l'orange, et tout cela en un joyeux méli mélo serait il empreint de mélancolie ? et puis, il faut réhabiliter l'hiver dans nos jardins qui méritent mieux que ces horribles étés assoiffés et donc se réjouir que l'autommne en soit l'annonciateur ... alors, tant pis pour Monsieur Beaudelaire, ou Monsieur Verlaine, ou Monsieur Carême, et vive les belles couleurs flamboyantes, réjouissantes de l'automne..j'espère que tu tiendras au courant de ce beau projet communal ... je t'embrasse

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah Hélène,
      Je retrouve bien ton coté optimiste dans ton commentaire.... oui! les belles et chaudes couleurs!
      Mais crois-moi, il n'y a là aucun snobisme pour avoir publié ce poème, les jours qui raccourcissent entraînent souvent chez moi cet état de mélancolie légère. Je regarde ces feuillages magnifiques et je pense à cette petite mort qu'est l'automne... Heureusement pour nous autres jardiniers il y a le printemps.
      Pour tout te dire je trouvais le poème de Baudelaire trop triste mais va écrire quelque chose quand tu as en tête ce chef d'oeuvre.
      Comme tu l'as deviné ces photos sont de Gilles... je suis toujours stupéfaite des angles de vue qu'il prend.
      J'espère bientôt pouvoir t'en dire plus sur ce beau projet qui est entrain d'éclore et que nous portons à plusieurs en espérant que beaucoup nous rejoindrons.
      Bonne semaine à toi
      Bises

      Supprimer
  5. Comme toi j'ai été bercé par les poèmes de Baudelaire qui était pour moi le chef de file de cette nouvelle génération .J'ai encore en mémoire nombre de ses textes .Mais bizarrement , en vieillissant , je les ressens d'une manière différente .J'y vois maintenant plus une allégorie à la mort et à l'hiver de la vie .J'ai plus besoin d'évoquer les joies et petits bonheurs de la vie .Je m'évertue à créer du positif et de l'espérance et suis loin de mon époque "spleen" . Mais si ce poème permet de regarder les magiques photos de Gilles, alors j'y accède volontiers . Bises à vous quatre en espérant que tout va bien pour vous.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou Maryse,
      Ta manière d'aborder Baudelaire est la bonne, ses vers sont splendides mais la vie vaut bien mieux que la complaisance dans la tristesse et le spleen. Moi aussi j'essaie de changer et d'évoluer vers plus de positif, c'est juste très difficile car j'ai de forts penchants vers la mélancolie.
      Difficile parfois.
      Bonne soirée
      bises

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

articles les plus consultés

La bouture à l’étouffée

La fin d’une espèce invasive : les ailantes

Les championnes du régime sans eau

Paul transon, un gentil géant.

Rétrospective juillet : des floraisons à foison!

Aménagement de la cour, épisode 2 : la mise en oeuvre sur le terrain

La floraison des rosiers

Le sentier aux bassines (le bois jardiné 2)

Le jardin sauvage

Rétrospective mars : émergence